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1er JANVIER, CE TRAIN DU JOUR D'APRÈS

Saison 1 / Épisode #5



J’avoue avoir appréhendé cette tournée.

Double Regiolis 6 caisses au départ de Belfort, qui amène à Paris la fine flore des dancfloors le soir du Réveillon et ramène une drôle de faune le 1er janvier, ce jour d’après connu pour partager avec le beaujolais nouveau de parsemer le train de renards.


Ce premier train de l’année n’est pas sans me rappeller mes périodes fashion week lorsqu’on cavalait de défilé en défilé, sauf qu’ici tout est rassemblé dans un même podium rectiligne de 110 mètres, avec deux backstage à chaque bout dont un est occupé par un conducteur, et dont le spectacle s’affiche plutôt dans les gradins ou tout semble également s’être défilé.


Ici une créature mi-oiseau-mi-serpent cherche à comprendre comment ouvrir les toilettes sans clé de berne. L’amphisbène né d’une espèce inconnue de gorgone est vêtu d’un pantalon en peau de serpent, peut-être un Versace des années 90 du temps ou Gianni régnait sur le mauvais goût, mais plus surement les restes de mue du Basilic qu’Harry Potter a vaincu dans la chambre des secrets et dont Voldemort n’a même pas voulu pour en faire un horcruxe.


Là, des filles maquillées à la bombe lacrymo ont coulé bien avant leur Rimmel, et les permanentes de sourcils supposées créer un regard de biche ont défappées. Elles offrent désormais la vision cosmique d’un regard d’autruche, à peine grossi 2x5 fois, à se terrer la tête dans le sol.


Un nombre incalculable de voyageurs s’est écroulé sur les tablettes si bien qu’on croirait qu’une attaque chimique a eu lieu dans le train. Puisque personne ne ronfle, difficile de savoir si tout le monde est en vie.


Des voyageurs portant des vestes en moumoute sont très prisés de leurs voisins, qui dorment indifféremment sur leurs dos ou leurs épaules. L’une d’entre eux a même été roulée en boule par son comparse qui y cale sa tête, pour s’offrir le confort de la première ou les sièges sont plus larges, car c’est bien connu que le 31 on aime des filles qui s’habillent en 38 mais que le premier on les rêve dans un bon 44.


Des gens hagards sortent dans des gares intermédiaires à deux heures de leur destination initiale, se demandant où ils sont, dans quel sens ils doivent repartir, s’il y a un train et quel jour nous sommes. Les agents d’escale les accueillent en levant les yeux au ciel, leur offrant gentiment la qualité du service « Accès Plus », histoire qu’ils ne finissent pas sur les rails, enfin les nôtres, de ceux qu’on étale pas avec une carte de crédit.


A l’avant du train qui fait figure de happening, les pieds sur les sièges en disent long sur les endroits où certains ont zoné du réveillon, dans quelques raves mal party et donc bercées d’illusions. L’odeur oscille entre celle de pieds qui ont dansé toute la nuit à un relent d’alcool dont il m’apparait qu’il serait risqué de craquer une allumette.

Certains s’étant déchaussé, on les prie de rhabiller la partie de leur corps qui a le plus donné, compte tenu qu’ils sont rentrés bredouille.


Le train va bientôt arriver à son terminus, et je décide 15 minutes avant de réveiller doucement ce train qui ressemble à un long courrier, ne serait ce que pour faciliter le dégarage de la rame, histoire que de pauvres bougres ne se retrouvent pas dans des parkings à devoir descendre d’un train sans quai, et qui pourraient songer devoir se défenestrer.


Que dire de la descente du train, qui ressemble à une chorégraphie des Claudettes qui reviendraient enfin d’Alexandrie.

Les quelques rayons du soleil qui nous accueillent à Mulhouse brûlent un nombre conséquent de souris pas toutes chauves et donc sans conséquences, qui finissent par disparaitre dans les escalators comme si elles allaient finir leur nuit accrochées à la passerelle.


L’agent d’escale parcours le train pour s’assurer que tout le monde est bien descendu. Elle ressort un rien groggy et c’est une chance qu’elle n’enchaine pas avec sa visite médicale annuelle qui la clouerait au pilori.


Un ou deux iPhones seront retrouvés dans le train, sans aucun doute remplis de selfies tous regrettables mais pour autant joliment filtrés. Insta-gram, bourre et bourre et ratatam, relateront cette dernière soirée de l'année, et ce post, ce premier train de l'année.


L'Alchimiste.




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