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(RE)POST

 

Sur un air de paso doble, uniforme chiffonné, les trains matriochkas — le képi tient bon

  • Photo du rédacteur: Patrice Snoeck
    Patrice Snoeck
  • 8 nov. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 nov. 2025

Le journal d'un chef de Bord qui mène une vie de Voyageur de commerce en faisant Commerce de voyageurs.
Le journal d'un chef de Bord qui mène une vie de Voyageur de commerce en faisant commerce de voyageurs

Parfois ça le fait pas. Un point c'est tout ça le fait pas.

Ça commence bien et ça déraille sans qu'on l'ait vu venir, pour une broutille, un sac oublié, un type bourré.

Et nous voilà tous sur le carreau.

Alors mieux vaut avoir la forme car la seule chose sur laquelle j'ai de l'impact, c'est moi !

Et cela tombe mal car pour cette GPT, et bien je ne la tenais pas du tout…


Mercredi mi figues


Premier coup de froid.

À tripoter toutes ces cartes d’abonnement, j’espère ne pas avoir chopé une Fluopathite aigüe. On concentrera son énergie sur l’essentiel : tenir debout et lever les yeux au ciel.

La journée commence bien : la toute première personne à qui je m’adresse est un gars installé en première, sans billet, tout sourire, me montrant un passeport mal photographié sur un écran fissuré.

Il aura droit à un accueil policier et un sourire policé.


De jeunes filles très endimanchées comme un mercredi sont installées également en voiture de première, sans se demander pourquoi la voiture n’est pas pleine comme le reste du train.

Sans doute estiment-elles qu’avoir déployé tel effort vestimentaire les affranchit de devoir côtoyer le tout-venant, mais elles iront pourtant immédiatement le rejoindre.

Elles me quittent bon gré, mal gré, en titubant, compte tenu qu’escarpins et trains font très mauvais ménage.

On dirait Naomi Campbell et Kate Moss qui iraient retrouver backstage Amy Winehouse.


Un colis abandonné après Mulhouse oblige le train à finir sa course à Saint-Louis, pour intervention des forces de l’ordre qui arrivent en nombre.

Il s’agira d’un sac oublié contenant finalement des noix et des figues après levée de doutes, qui a impacté plus de personnes que leur valeur énergétique, sans compter ceux qui nous attendaient à Bâle où le train n’ira pas et ne seront peut-être pas à l’heure devant leur TGV.

Pour une fois qu’il n’y a pas que des prunes qui se perdent, nous voilà avec des figues, connues pour avoir de la graine qu’on confond toujours avec des pépins.

Cela ne nous autorise pas pour autant à en profiter pour reprendre quelques forces et on se contentera du Doliprane pour requinquer la poupée.


On s’élance sur les trains du soir.

La collègue dont je suis le renfort est également souffreteuse, aussi inutile de montrer tel spectacle aux voyageurs, et j’assurerai seul la présence du képi, sans papillonner pour autant mais avec un nœud pap’ tout de même.

Tu parles d’un renfort qui ferait un bien mauvais étai.

Deux gars tonitruants mais plutôt truands ambiancent le train de blagues de 16/64. C’est toujours mieux qu’un calibre de 16/70 et on se gardera bien de dire que ce n’est pas drôle et que ça fait trop de bruit.


Jeudi mi raisin


Et c’est reparti pour Bâle où tout peut se passer en quatre arrêts, qui sont autant d’opus potentiellement dissonants où le tempo peut s’emballer.

J’apprends au premier arrêt que le train qui me précède est retenu à l’arrêt suivant en raison d’un type qui cavale sur les voies. C’est si fréquent qu’on finirait par penser que les emprises ferroviaires sont bucoliques, à moins que quelques groupies nostalgiques des vapeurs ne souhaitent être plus près du show, à vouloir descendre dans la fosse.


Le train finit par repartir et accueillera à Colmar les rescapés du train précédent, qui a fini sa course là, faute de quais assez longs disponibles pour nous accueillir tous…

Au moment où l’on quitte la gare, j’apprends que je serai limité au prochain arrêt, Mulhouse, et qu’on transbordera de nouveau mes passagers pour l’ultime étape, Bâle, dans un train qui me suit… de pas si près.

Cent vingt kilomètres en trois trains, et que dire de ceux qui étaient déjà en correspondance et ont le sentiment légitime d’avoir pris le métro.

Première fois que je joue les poupées russes à faire des trains gigognes.

Et dire que les matriochkas sont le symbole de la transmission, on ne pouvait pas imaginer meilleur symbole que se refiler telle quantité de voyageurs.


Je n’aurais pas mis les pieds à Bâle cette semaine.

Le train part de Mulhouse et ceux qui le prennent habituellement sont surpris de le voir déjà là, et pas sur sa voie habituelle.

Ce train retour sent si fortement la weed que je suis pris d’étourdissement.

Cet encens autrefois du milieu social qui l’fait est aujourd’hui celui des milieux défaits, mais en l’absence de la douane et du chien stone à la coupe de Charden, l’indulgence règne à bord.

D’autant que j’ai perfectionné la technique de l’apnée —  elle finira par avoir raison de moi, j'espère pendant mon sommeil.


À tous nos arrêts, les agents de circulation des gares sont dépités. Ça sent l’épuisement d’avoir fait redémarrer des trains de 250 mètres à tour de rôle, exercice techniquement plus complexe qu’ouvrir une ligne de péage supplémentaire à Saint-Arnoult.


Pause éphémère et dernier train pour Colmar où un taxi nous attend pour rentrer..

Papiers volés, clés perdues, retour dodo chez maman, le florilège habituel est servi en bouquet.

Mais je préfère l’honnêteté des fauchés au baratin de ceux qui invoquent des droits sans avoir jamais pris la peine de les réclamer.

Tu ajoutes la désinvolture de ceux qui ne sont jamais inquiétés et ne lèvent même pas la tête de leur téléphone en te tendant leur carte d’identité. Cette Génération Z finira par boucler l'alphabet de l'humanité.


On oubliera cette journée qu’il m’est même pénible de raconter.


Vendredi noir


On y retourne la soirée suivante, on enchaîne en ayant dormi son découcher de jour, mais sur son propre canapé où il a fallu regagner le terrain au chat.

Même là, faut se battre sans jamais cesser de ronronner.


Je remonte le train pour les vérifications d’usage. Un collègue en uniforme, qui ressemble à s’y méprendre à Jean Castex, me fait croire un instant que mon heure de gloire est arrivée.

Elle s’évaporera à l’approche comme un ouragan — pour qui se souvient que les Grimaldi possédaient autrefois l’Hôtel de Matignon.


Un monsieur avec une coupe en rizière et un autre en champ de poireaux partagent le même carré, en plus du même implantologue capillaire.

Une dame avec une moumoute aussi, mais en forme de sac à main, me déclare s’être fait voler sa valise avec des effets pour se rendre à un enterrement.

Malencontreusement, ce qu’elle porte déjà sur elle n’est pas d’une très grande sobriété, à moins que son enterrement n’ait lieu à la Nouvelle-Orléans, bien qu'elle soit déjà tirée à quatre épingles comme une poupée vaudou.

Elle arpente le train dans quelques espoirs fantomatiques et l’invite à faire un crochet par le local de police pour m’épargner la description de ses effets dans cette semaine déjà très noire.


Une jeune fille avec une très généreuse poitrine, contenue on ne sait trop comment par un vertigineux décolleté, présente sa carte Simplicité contre son cœur, comme une décoration de dignitaire posée sur un coussin galbé. Si c’était si simple, toutes les femmes s’en seraient dotées plutôt que d’avoir recours aux coussinets.

Néanmoins, la situation me plonge dans un inconfort pudibond, et je lui propose de me la confier pour que je puisse la scanner en regardant mes souliers, non sans avoir évoqué l’inconfort que m’évoque la situation — et d’avoir remarqué que mes souliers avaient besoin d’un bon coup de cirage.

Ce n’est pas faute d’avoir croisé la route de tant de shoe-shine boys qui ont essayé de me refourguer leur Baranne.


Ça y est, c’est fini pour cette semaine. qui a commencé emmitouflé et fini gorge déployée. Même pas drôle, mais au balcon.


Les travaux se terminent dans les bureaux des contrôleurs où les espaces se libèrent progressivement, découvrant des aménagements de colonnes comme une salle hypostyle, que cachent de nouvelles VMC — et c’est bien logique pour une salle d’écriture où même les stylos sont priés d’éviter les écarts de langage ni de se tromper de ligne.

Tiens le mur est devenu blanc, après avoir été rose puis bleu lors de changements de sexe répétés, et le voilà non genré. Encore une évolution dont on en fera pas une théorie.

Le temps d’établir des rapports circonstanciés et de recevoir en retour plein de mails « out of office » d'un personnel fonctionnel que personne ne connaît et qui semblent se passionner pour ce qu’on fait, en plus d'être dans toutes les boucles comme dans tous les bons bouclards, la semaine se boucle tambour battant.

Et donc en fanfare.


L'Alchimiste qui a besoin de changer d'air, et qui du coup s'est fait vacciné #TTT

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À PROPOS

L'Alchimiste...
est dans ton train

 

Un pro de la communication basé à Strasbourg qui fait un tour de l'autre côté du miroir.

 

©LALCHIMISTE_2024

 

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