A DIEU VA ! Ce VSTT pas comme les autres
- Patrice Snoeck

- 27 déc. 2025
- 6 min de lecture

Mais... Pourquoi le Tribun du Train nous parle-t-il de Dieu ?
Aurait-il changé de prétoire ?
A-t-il été blessé dans sa chair ?
Aurait-il trouvé une nouvelle vocation ?
Le calendrier, tout simplement, qui nous rappelle le temps d’une pause pour réfléchir aux bonnes intentions, de parler d’un sujet plus profond, mais pas moins sensible pour autant : la dévotion.
L’Alchimiste a essayé de retrouver son latin.
Il est né le Divin Enfant, le Divin Prophète, Yeshoua…
Célébrons tous son avènement, le 25 décembre, le 7 janvier ou pas du tout, selon les croyances de chacun et les maintes écritures, parfois saintes aussi.
Pas tous la même chanson, certes, mais tous la même tribune : le train.
Pax vobiscum
Le chef de bord devient alors le gardien d’un bien fragile concordat, sujet si sensible qu’aucune réglementation ne l’encadre, si ce n’est de confier au Chef de bord la Paix du train, et de l’attendre au tournant sur son éventuel manque de discernement, pour peu qu’une scène de multiplication des beignets s’expose au grand jour, relayée par quelque prédicateur 2.0, qui aurait chapelle un peu ardente sur les réseaux sociaux.
Le train est un espace public, mais pas un espace laïque pour autant, car ses usagers ne sont pas soumis à obligation de neutralité religieuse, contrairement à leur Chef de Bord.
Non sanctuarisé, toutes les religions peuvent s’y exprimer pour peu qu’elles restent du domaine de la sphère privée, donc raisonnablement expressives, et si possible pas dans la même voiture, car géopolitique ou radicalisme déterminent de nouvelles frontières, plus ténues qu’un couloir ou une intercirculation, et peuvent créer malaise, interrogation, voire conflit.
Deus ex machina
Dieu, ce Voyageur Sans Titre de Transport (VSTT) pas comme les autres, semble s’être assis ici et là, appelé par les incantations plus ou moins visibles du Train, qui, lui, au moins, sait où il va, et sans autre aide que cette puissance supérieure, un rien démoniaque, qu’est la Fée électricité.
Ce « Mon Dieu » qu’on a tous prononcé et tant de fois prié de nos vœux en situation perturbée a fini par répondre présent et s’incruster.
Pas facile de l’en déloger, quand une société en mal de spiritualité ou de repères, ou tout simplement plus désinhibée que jamais, décide que sa dévotion a voie au chapitre, sans forcément la volonté d’être prosélyte, du reste.
Déjà confesseur de toutes les situations familiales qui ont conduit à ne pas être en règle, le contrôleur a pour ministère de veiller au respect des règles de vie en commun, et, avec tact, peut laisser passer un voyageur recueilli pour revenir plus tard, prenant sur lui qu’il pourrait s’agir d’une feinte parmi d’autres visant à échapper à son contrôle.
Beaucoup d’entre nous ont regardé de travers cet homme qui psalmodie un dhikr en restant fermé aux sollicitations du contrôleur et le fusillant du regard de l’avoir dérangé quand il les rouvre, quand on ne lui prête pas des intentions bien pires, en baladant son regard sur son sac à dos.
Au moins, le voyageur qui fait glisser entre ses doigts les perles de son tasbih ne laisse aucune ambigüité sur l’accomplissement de sa Foi.
L’idée de ce post m’est venue en m’interrogeant sur le bien-à-propos d’un petit groupe de haredim qui avait investi la Première et accomplissait la prière ainsi que le rituel de l’ablution des mains, nécessitant le déploiement d’un matériel de culte et l’accès à un point d’eau.
Un intermédiaire avait été désigné pour dialoguer avec les contrôleurs ; on nous le désigna du doigt, sans jamais nous adresser la parole ni lever les yeux du livre de prière, lu par ailleurs à voix haute.
L’effet de masse de quelques personnes seulement en prière, et réparties sur une petite moitié d’une voiture, créa un véritable malaise, transformant de facto la voiture en lieu de culte en mouvement.
La communication était totalement excluante et la messe semblait dite par un autre intercesseur que le contrôleur lui-même, lequel n’avait pas eu voix au chapitre.
La vraie question ne serait-elle pas l’incompréhension des rituels du culte, qui prête à confusion et parfois, ne serait-ce que le contrôleur lui-même, qui déteste être ignoré dans son propre train, serait le déclencheur d’une situation incommode, d’un commentaire malvenu ?
Est-ce que finalement on ne se créerait pas artificiellement quelques troubles de coexistence qui n’auraient pas lieu d’être, le train étant une sorte de zone franche où régnerait une salutaire hypocrisie ?
Ainsi, ce jeune garçon qui priait, ses tefillin enlacés sur la tête et le bras, se mettait, ce me semble, en grand danger d’avoir pour voisins deux Méditerranéens un peu énervés du bassin, ne préjugeant ni de leur degré de religiosité ni des causes qu’ils soutiennent, mais ne présageant rien de bon néanmoins ; et ce couloir m’apparaissait soudainement comme une bien frêle frontière entre deux religions qui ne s’entendent, dans le train, que sur l’emplacement de leurs lieux saints, tournés dans la même direction que lui, à savoir le Sud-Est, sur un méridien invisible dont tous s’accommodent à le voir pointer à la fois vers Jérusalem et La Mecque, éloignées pourtant d’un bon millier de kilomètres…
Rien, toutefois, ne se passa…
Salus populi suprema lex
La réglementation nous dit que déployer un tapis de prière sur l’espace commun du train est une faute répréhensible à la sécurité des voyageurs, mais couvrir sa tête d’un tallith ne l’est pas, comme, techniquement, il ne serait pas interdit à un voyageur malade de se faire une inhalation.
Et c’est bien le seul texte de réglementation qu’on a sous la main pour servir de refuge, en plus d’une procédure de sûreté un peu malencontreuse où un homme qui serait vêtu d’un vêtement traditionnel trop large pour sa corpulence impliquerait de sonner le tocsin, pour peu qu’il ait accroché à sa ceinture autre chose qu’une aumônière…
Et tout cela dit à quel point culture religieuse et culture du risque se sont confondues au fil du temps et, bien sûr, des événements.
Plus stigmatisant pour Paul que pour Jacques, non ?
Mais alors, pourquoi deux poids, deux mesures ?
Sans doute pour avoir admis que la laïcité était gravée dans le marbre et inscrite dans les règles de vie en commun des mortels. N’est-elle pas, finalement, devenue contre-productive en créant d’inutiles tensions et regards en coin ?
La religion ne serait-elle pas le bouc émissaire de la peur du communautarisme, qui, par ailleurs, fonctionne plutôt bien à Londres ou à NYC, bien que Little Italy se soit faite littéralement dévorer par Chinatown, et donc tranche par tranche !
Et que dire du nombre d’athées de chaque religion qui ne se moquent bien de monter au Panthéon.
Il ne m’appartient pas néanmoins d’en juger, d'autant ordonné par ce couvre chef que j'arbore religieusement.
Et Pierre dans tout ça ? Puisqu’il paraît que tous les chemins mènent à Rome, mais plus sûrement à Milan quand on passe par la Suisse, connue pour fournir à l’Eglise plutôt les gardes que la chiourme.
Galériens discrets à col romain, l’Église catholique, qui a eu sa part sombre et renoue avec l’auto-inquisition, fait aussi voyager ses ecclésiastiques, même en terre protestante.
Et l’on voit réapparaître la soutane noire dans les voitures de Première, que je n’avais pas revue depuis Don Camillo ; et les fils de la grande noblesse française en tunique blanche, mais en Seconde, qui ont réussi dans les ordres, où ils ont, par ailleurs, également échoué par tradition familiale, et ce bien après l’abandon du droit d’aînesse.
Des congrégations de religieuses de tout bord et sans doute de tout poil pour avoir renoncé à tout, émaillent également nos trains de leur générale bonne humeur, en français, en anglais et en allemand, ainsi que quelques très jeunes frères et sœurs de l’Église des Saints des Derniers Jours, autrefois les Mormons, en tailleur noir et blanc, bien propres sur eux, et qu’on confond bien trop souvent avec les apprentis des écoles hôtelières.
Quant aux religions qui savent léviter, on les croise peu dans les trains, et pour cause.
S’il y a des scientologues, ils sont forcément dans les Centres de Gestion de Proximité qui gèrent nos crises, les disciples de Tom Cruise étant férus de funambulisme, d’acrobaties en tout genre et développant une rare aptitude à survivre en apnée.
Non visum, non captum
Les non-dits ? Dans les écoles de la Rép’, notre Reum à tous, on se contente de ménager des pauses informelles, des vides arrangeants dans les agendas, où chacun peut se livrer discrètement à des activités spirituelles.
S’y développent des techniques de prière silencieuse, au mieux perçues comme méditatives… pourvu qu’un contrôleur ne vienne pas interrompre cet espace de paix intérieure… et surtout de Paix sociale, par sa naturelle suspicion, son côté brut de pomme tombée de l’arbre, qui ne voit que par le purgatoire ou le paradis.
L’Alchimiste@TTT, le chef de bord œcuménique, qui fait de la sécurité de ses ouailles une religion et de leur âme un dossier en instance.



