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(RE)POST

 

Sur un air de Cha Cha Cha, clowns, bourrins et gilets bleus - perturbateurs endoctrinés, brasier sourd

  • Photo du rédacteur: Patrice Snoeck
    Patrice Snoeck
  • 14 déc. 2025
  • 7 min de lecture
Le journal d'un chef de Bord qui mène une vie de Voyageur de commerce en faisant commerce de voyageurs
Le journal d'un chef de Bord qui mène une vie de Voyageur de commerce en faisant commerce de voyageurs

La tournée est presque exclusivement composée d’allers et retours à Bâle sur la ligne-star oubliée des étoiles, et en matériel Corail gonadé des Saint-Jacques.

Et j’enfile ma cape de pèlerin et mon bâton de berger, sans le saucisson, mais d’humeur tout de même tranchée.


Mardi

ambiance maussade, humeur saudade


Mon train s’annonce en retard, que déjà on vient me solliciter sur le quai pour moult correspondances dans les gares du parcours, et on me prie d’envoyer des agents de gare toquer à la fenêtre des bus qui assurent les correspondances fines ou épongent les dégâts industriels, et d’essayer de retenir à quai quelques TER.

Mais bientôt les retards vont s’accumuler jusqu’à s’approcher de l’horaire de la circulation suivante, donc m’épargner cette pénible négociation, mais hélas pas les sarcasmes.


Les applis maison me lâchent au mauvais moment et c’est à poil que je vais au brasier. Ça pourrait durer un moment, j’aurai dû prendre le saucisson.

Les TGVistes qui aiment bien faire bande à part, et qui ont eu vent de notre situation bien qu’ils l’aient souvent de face, envoient à leurs clients, qui sont un instant les nôtres, des reclassements dans d’autres trains, clients qui me posent des questions auxquelles je ne sais pas répondre, comptant visiblement pour portion congrue dans cette chaîne de l’information qui se targue de ne plus jamais dérailler, à tel point que les voyageurs sont souvent informés bien avant les roulants, qui finissent par baisser les volets.

Parmi eux, des militaires en treillis me livrent une guerre que je ne leur ai pas déclarée, cette guerre de l’opinion où ils me font savoir tout le bien qu’ils pensent de mon institution, dont le fonctionnement ne doit pourtant pas être si éloigné de la leur, et s’attendent à ce qu’on retienne leur TGV vu leur grade, qui se lit sur leur autoritarisme déplaisant et surtout sur le pli trop bien mis du treillis.

Je me ferai arracher les galons lorsque leur train, qui a lui aussi pris du retard, est pourtant à quai face au mien lors de mon arrivée en gare, leur claque la porte au nez et s’en va. J’en suis le premier affligé.

Par chance, ils ne sont pas armés maintenant que j’ai une cible dans le dos et j’en reprends pour mon grade.

Nul doute, à la teneur des remarques, qu’il ne s’agit pas de comparses de tranchées.


Je serai limité à Saint-Louis compte tenu du retard accumulé, d’où je repartirai à peine dix minutes après.

À Saint-Louis, le train est de suite pris d’assaut, si bien que je m’attends à voir de nouveaux camouflés.


Sitôt après le départ, je remarque une valise d’un rose flamboyant que j’ai cru voir dans le train précédent et qu’une personne aurait oubliée en quittant le train précipitamment pour rejoindre un autre quai qui assurera la partie manquante de mon parcours.

Je multiplie les messages en français et en anglais, des fois qu’elle appartiendrait à une des personnes déjà dans le train et que j’ai déplacée il y a peu de la première classe, sans succès.

Elle doit appartenir à un Flamand qui ne parle pas l’anglais et refuse d’entendre parler le français.

Par malchance, aucun numéro d’alerte préprogrammé dans le tél n’est fonctionnel, mais on trouve toujours moyen de sonner le tocsin.

Je finirai du reste par être bourré de toc.


À Mulhouse, on est rangé en fond de gare, là où pourrait exploser n’importe quelle situation et qui en minimiserait l’impact.

Comme les démineurs ne peuvent pas intervenir assez vite, le train est si précipitamment annulé que j’ai à peine le temps d’informer les occupants d’une probable attente.

Une fois les passagers évacués pour que le train soit envoyé dans les voies de service pour intervention, le bagage rose flamboyant du Flamand a disparu, sans que nous ne sachions si ce quelqu’un de très pressé qui s’était gentiment proposé de l’évacuer s’en est emparé, ou s’il est descendu avec son propriétaire légitime, puisque personne n’a été repéré le transportant.

J’en aurai le cœur net de l’avoir déjà assez lourd, en me rendant sur le quai de prochain départ et d’identifier si une Barbie aurait pu faire capoter le train, bien décidé à ne rien laisser passer tant l’inattention ou l’individualisme m’irritent bien plus que les dysfonctionnements.


J’attendrai deux heures dans une salle d’attente attentatoire pour monter dans une rame de remplacement qu’un collègue m’amène jusqu’à Mulhouse et que je conduirai jusqu’à Bâle.


Arrivé assez tôt à mon découcher, l’occasion de tomber sur un épisode des Tribulations, mais pas le cœur à l’ouvrage d’avoir été sérieusement ouvragé.

Zappé par la flemme et happé par le flegme, on ressassera devant la télé suisse, connue pour ne jamais prononcer un mot plus haut que l’autre, en écrivant mes rapports d’une plume goudronnée.


Mercredi

ambiance terre à terre, humeur divine


Le premier train est technique et s’arrête au chausse-pied dans des gares qui sont à peine assez longues pour l’accueillir, et sans aucun personnel de gare pour m’aider à en assurer la sécurité pendant qu’il s’élance gracilement de ses quatre cents tonnes…

D’autant que les portes sont capricieuses et se ferment quand elles le veulent bien, demandant une vigilance accrue en plus d’une sacrée acuité pour toutes les voir de bout en bout, et en pleine nuit.

Néanmoins, on fait et refait la procédure de fermeture et je finis par avoir raison d’elles. Dans mes trains, les caprices n’ont jamais raison de ma raison.


On repart sitôt arrivés à Strasbourg et le train, en heure de pointe, est très plein.

C’est en cette période des marchés de Noël très particulière où les trains sont très surchargés, le personnel très sollicité et les usagers réguliers très à cran que la Région a décidé de mettre dans nos pattes un personnel de comptage des voyageurs qui n’a aucune notion de sûreté ou de sécurité des trains, et les altercations vont se multiplier.


J’ouvre le bal en sortant du train une personne qui m’a bousculé pendant mon contrôle et m’a fermé ma ligne de fuite, en plus de m’ignorer et surtout d’ignorer la prérogative de se présenter au chef du train, qui doit pouvoir comprendre et anticiper tout comportement inhabituel.

Je la sors du train pour une conversation urticante sur le quai devant des voyageurs médusés.

Elle me fait savoir très vertement qu’elle est envoyée par Dieu lui-même et que je n’ai qu’à m’incliner sinon à avoir des problèmes, et pour cause, elle a bien failli me faire tomber.

Elle n’aura pas mon blanc-seing pour autant, d’autant qu’elle agit de manière grossière à l’encontre des voyageurs qui n’ont pas besoin de tel détonateur, et est rapidement priée de ravaler son hostie et de présenter ses documents de circulation me permettant de l’identifier, et peut-être de verbaliser un outrage si elle s’aventure à prononcer un mot de plus.

On s’échangera plus tard, entre collègues, toutes les occasions où ils ont manqué les oublier sur les quais, les écraser avec une porte, d’être restés sur un marchepied voire pire, et tous avons pris la mesure d’avoir à surveiller ces hôtes turbulents qu’on confie habituellement à la SUGE, n’étant pas habilités à jouer les nounous, encore moins à transporter des fauteurs de trouble à la sécurité, quand bien même divinement parrainés.


Le train suivant est interdit aux vélos et, comme d’habitude, aucun d’eux n’a de propriétaires.

Je finirai par acheter mes propres antivols, tout aussi anonymes, avec une combinaison payante dont le code sera 1-5-0-€.

Le train se passe néanmoins bien, surtout quand les agents de comptage en sortent pour éviter le passage de la frontière suisse où je les aurais sans doute dénoncés.

Les suisses sont si facile à vivre…


Le dernier train est paisible et c’est l’ouverture du marché de Noël.

C’est le jour marqué d’une pierre blanche qui conduira irrémédiablement à ma lapidation.


Jeudi

ambiance rosse, humeur féroce


Mon renfort est tout sourire et égayera cette journée marquée par une énième épreuve : une nouvelle directive concernant l’interdiction des vélos dans les trains durant le marché de Noël. Et faute d’alternatives, autant dire que je ne fournirai pas les clous pour m’attacher au pilori.


Les trottinettes, qui sont elles aussi un fléau, restent pourtant toujours bienvenues, comme le fut en son temps la Peste noire, à qui l’on reconnaît d’avoir accéléré la fin du féodalisme. Féodalisme qui revient aujourd’hui en force, compte tenu du mode de financement des trains du quotidien où tout le monde s’improvise à tout en connaitre pour les faire rouler.


Nous voilà donc quittes pour un slalom hors-piste entre les guidons, du saute-mouton dans les couloirs, et pour siffler la plupart de leurs propriétaires lorsqu’ils les utilisent sur les quais.

La mobilité douce finira par passer sous la mobilité de masse, tant cette peste noire est bubonique, en plus de se répandre et circuler très vite, et en plus gratuitement.


Nous subirons très vite la vindicte populaire en faisant bonne figure de vouloir vendre la parole officielle, ce qui nous rend une fois de plus tout à fait détestables et prête encore à ironie, colère et discussions.

Mon renfort a cessé de sourire.

Je vais finir par exiger des agents de renfort qu’ils soient de mon groupe sanguin afin de disposer sous la main d’une réserve d’organes, à défaut d’être toujours compatibles.


Vendredi

ambiance de clown, humeur de dompteur


Il est très très tôt, il n’est pas 5H.

Le conducteur est resté coincé dans le couloir de l’hôtel et moi dans celui de la mort, mais le train part à l’heure.

Mauvais sommeil, avec un petit vélo dans la tête qui était une trottinette.


La journée commence par un retard prévisionnel dans la livraison de travaux de voie nocturnes, et un autre, imprévu, que j’assume à vouloir expulser avant le départ un Charlot échappé des griffes du maccartisme, mais pas des miennes, et qui mérite une bonne « Tramp ».

Il est 6 h. Le garçon est éméché et me perturbe en pleine procédure de départ : il ricane en empêchant les gens d’entrer dans le train, se tient sur le marchepied...

Il a le tiercé gagnant comme tout bon bourrin.


La Sûreté ferroviaire arrive en nombre sur la ligne de départ et le garçon, qui a remonté tout le train au galop pour se planquer dans la voiture de Première, a enlevé son parka pour découvrir son gilet bleu d’agent de comptage qu'il pense être sans doute une carte d'immunité , et déballe ses accréditations.

Elles ne lui apporteront aucun crédit, mais dans la Seconde.


La tournée a été marquée de bout en bout par la présence perturbatrice des gilets bleus du comptage, plus mal élevés les uns que les autres, qui ont bousculé les voyageurs sans même les saluer. Justement, en voilà un qui me toise une seconde avant d’inscrire quelque chose sur son papier, avec une mine si patibulaire qu’on croirait à s’y méprendre à un recensement ethnique ou à une chasse aux sorcières.

Je n’ai pas attendu après lui pour sauter dans le brasier.


L’Alchimiste @TTT qui est peut-être inféodé mais pas moins preux pour autant.

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À PROPOS

L'Alchimiste...
est dans ton train

 

Un pro de la communication basé à Strasbourg qui fait un tour de l'autre côté du miroir.

 

©LALCHIMISTE_2024

 

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