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(RE)POST

 

Clignotent les quais — L’étoile ploie — La Force vacille

  • Photo du rédacteur: Patrice Snoeck
    Patrice Snoeck
  • il y a 1 heure
  • 6 min de lecture
Le journal d'un Chef de bord qui mène une vie de voyageur de commerce en faisant commerce de voyageurs
Le journal d'un Chef de bord qui mène une vie de voyageur de commerce en faisant commerce de voyageurs

Sur le papier, ça s'annonçait tout tranquille, et il n'y avait rien de prévu que des imprévus. Comme ce qui était imprévisible s'est le plus fait remarquer, il a fallu assurer le show et aussi le froid.

C'était pas le cirque, mais c'était tout comme, et surtout tout en com.

C'était digne des JO.


Mardi pain béni


Pour une fois, cela ne redémarre pas sur les chapeaux de boggie compte tenu de l’horaire assez tardif, et ce n’est évidemment pas signe avant-coureur que ça finira pas par cavaler. Et d’ailleurs, ça cavalera.


L’aller-retour à Metz se fait les doigts dans le nez comme dans toutes les villes de cures. Les salariés sont déjà rentrés et ne voyagent que les cadres et les désoeuvrés qui s’attendent au coin du bois aux prochaines élections.

On ne trouvera pas mieux à se mettre sous la dent qu’une fournée de cartes Simplicités, à vous convaincre de vous reconvertir en boulanger, avec simplicité forcément, compte tenu qu’on a déjà les biorythmes.


Un dernier train si court, à peine vingt minutes, qu’on n’embêtera personne, car on ne cavale jamais de son plein gré.

Le seul événement amusant de cette journée est que notre foyer d’accueil pour la nuit est en panne de téléphone et qu’une hôtesse essaie désespérément de nous joindre pour nous donner des numéros de chambres, sans qu’on daigne décrocher, l’ayant confondu avec une IA qui essaierait de nous fourguer des panneaux solaires un soir de pluie.

On ira se coucher immédiatement afin de partir tôt demain faire un crochet par chez soi et de reprendre un peu plus tard le tricot.


J’hérite de la chambre 007 et je passerai la nuit sous couverture.

J’aurais préféré avoir un permis de tuer, et sous une couette.


Mercredi StarWars


On y retourne l’après-midi pour un aller-retour à Bâle, mais au moment d’attendre le train, le tableau des départs se met à clignoter dans tous les sens et toutes les lignes de l’étoile de Strasbourg semblent impactées, comme entrées soudainement en rébellion intersidérale, et tout se fige tandis que les quais se remplissent, comme happés par le côté obscur de la Force.


Assis à mes côtés, des collègues fixent l’écran et attendent de savoir à quelle sauce ils vont être mangés, et d’autres reviennent après avoir découvert sur leur quai que leur train ne roulerait finalement pas, et donc se sont déjà fait dévorer.

L’étoile de la mort a frappé.

Un train en panne, ici, un autre coincé là, un train de fret qui lâche une bâche en pleine voie, et la navette des TER200 pour Bâle prend des allures de navette d’évacuation, puisqu’on l’envoie quand même malgré que la fenêtre de tir ne soit qu’entrebâillée.

Elle me claquera au nez au premier arrêt.


Train d’heure de pointe, on a les boules et on va jouer les cochonnets.

Au moment de partir, le signal radio d’alerte retentit dans la cabine, allo la base.

Tous les trains de la zone doivent taper l’urgence. Fausse alerte, on décolle, mais c’est quand même la zone.


Une collègue qui doit devenir mon Agent Renfort à Colmar m’appelle pour me dire qu’elle est confinée de Sélestat, prisonnière de son train à l’arrêt, à vingt minutes de là.

Je ne sais pas si elle comptais que je paie la rançon, mais la seule info qui m’intéresse est qu’elle occupe ma voie d’arrivée.

Mon autre renfort déjà présent dans le train m’abreuve d’infos inutiles sur ses précédentes mésaventures ou comment organiser la suite de son parcours et je la supplie de ne pas m’embrouiller davantage, ni de faire le SAV de la première.

Et bientôt le train qui roulait au pas arrive finalement à côté du train à l’arrêt qui attend son sort comme un hareng.

Et d’ailleurs, sa contrôleuse vient immédiatement m’haranguer.

Elle trouvera audience auprès de notre collègue, bien trop contente de trouver là une oreille compatissante.


C’est bien une bâche qu’a perdu un train de fret, un truc de 65 m² de la taille d’un ballon météo qui virevolte quelque part, et qui affiche en temps réel la dégradation de notre situation, comme tout bon ballon sonde.

Et d’ailleurs, il est temps d’aller sonder le train.

Et il s’agit bien d’être enveloppant, compte tenu que beaucoup de passagers sont debout dans les intercirculations, et je les invite à descendre sur le quai se dégourdir les jambes et oublier le gourdin.


J’informe le train qu’une bâche volante décrochée d’un fret immobilise tous les trains au moment où le Régiolis fait marche arrière pour retourner à Strasbourg, ce qui sabote gravement mon storytelling, mais je n’annule pas la mission.



Ce qui est cocasse, d’avoir la bouche pâteuse d’avoir tant parlé, c’est que les passagers ont en fait entendu qu’une vache volante s’était échappée d’un train, ce qui a moins eu l’air de les interloquer que de les émouvoir, et on se dit qu’on a évité le pire puisqu’on aurait écrasé cette pauvre bête, et au passage dérailler.

Je remercie ma bouche sèche de cet intermède bienvenue, qui a offert au Tribun du train une tribune tribulatoire où trouver matière à pérorer, et en plus sans postillonner.

Ma bâche a du coup viré Barnum et je continue d’animer mon cirque en allant voir tout mon petit monde voiture par voiture, m’amusant de cette paronomase, et dans deux minutes ils s’attendront à voir débarquer les Indiens.

Qu’on m’en laisse cinq de plus et j’arriverai à faire passer mes deux contrôleuses qui gigotent devant la cabine du conducteur pour une attraction.


Des équipes de l’infra ont dû débroussailler l’œil du cyclone, parce que le regard est bientôt dégagé. Le signal vient de passer au vert, le train va repartir, on cligne une dernière fois des yeux pour en être sûr, et je donne le départ, en me disant qu’il en faut peu pour assurer le show : une bâche, une vache et une prisonnière.


Jeudi patinage


Une ampoule se décroche de la suspension lorsque je secoue ma couette. Par chance, je n’ai pas cassé de verre à être maudit le temps qu’il me reste à travailler, mais on va tout de même essayer de ne pas finir comme Cloclo.

D’autant que les deux journées qui arrivent sont marquées par les JU, les Journées Universitaires, et que le train va vivre au rythme endiablé de jeunes gens en mal de vocation mais pas de vociférations, dont quelques jolies archétypes qui auraient aussi pu finir chez Cloclo.


Mon agent renfort est rétamé s’avoir hérité de la “V-V“, une journée 100 % contrôle, et autant dire qu’il passe le premier train à encaisser et les trois suivants à payer les droits de succession.

Mais on a décidé qu’on avait nous aussi la vocation et on sera clément avec ces jeunes gens qui ont tous une carte fluo et l’ont parfois oubliée…

D’ailleurs, gavés de fluorure depuis leurs premiers appareils orthodontiques, ils semblent avoir trouvé depuis leur période bagues, la vocation d’avoir presque tous des bagouzes.


Ils nous quittent pour la plupart à Mulhouse, et un jeune homme s’amuse un peu honteusement d’avoir lâché un vent en descendant du train, en fait une perle digne d’être montée en sautoir, et je m’empresse de changer de porte pour donner le départ, puisque c’est en principe ma prérogative de donner le coup de clairon, et pour une fois dans le sens du vent.

Nos éclats de rire envahissent le quai, mais en apnée.


À peine effarouchée par tant d’agitation car surement anosmique, une mamie à qui j’apporte mon aide pour monter sa valise dans le train ne juge pas nécessaire de me remercier, me lançant qu’il faudra que je la lui descende à Bâle. Elle m’aura pris pour Spirou.

En moins de dix minutes, elle a réussi à constituer une armée de chevaliers servants, et finira par détraquer un Fantasio de lui confier cette valise à peine moins lourde que lui.

Je finirai finalement, et bien malgré moi, par quérir le volumineux bagage, par égard pour le chevalier.


Une équipe de la lutte anti-fraude nous rejoint pour nous prêter main forte, constituée d’un couple anachronique qui ressemble à des compétiteurs de patinage artistique échappés des JO d’hiver.

Comme on convient de travailler en saute-mouton et donc que chaque équipe contrôle une voiture sur deux, la manœuvre de croisement des deux équipes a des allures de porté en drapeau, une sorte d’axel mais sans roses, un jeté sans piqué, d’un rendu plus disgracieux que chorégraphique et qu’aucun jury ne sanctionnera puisque c’est précisément le jury qui patine.


Vendredi babillage


Dernière des Journées universitaires et on croise des visages de combattants vaincus qui devront se rabattre sur Parcours Sup.

On a flashé plus qu’un radar tourelle sur le périphérique, mais l’info que cette année le billet retour n’était pas compris a été intégrée et personne n’a redoublé.


Mais cet homme pas bien lavé ni de tout soupçon, sans titre de transport et qui a trouvé comme par miracle son bédo déjà allumé par terre, ne voulant pas le gâcher, en sera pour la double peine.

Et puisqu’il s’est fait un pote de tranchée parmi les Acolytes Anonymes de son compartiment, qui lui-même voyage avec une carte solidaire périmée depuis cinq ans et qui ne s’en était pas rendu compte, il aura pu échanger quelques taffes en compensation d’avoir très bien fait le mien.

#TTTL'Alchimiste, qui a joué les Monsieur Loyal bien après avoir été MC

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À PROPOS

L'Alchimiste...
est dans ton train

 

Un pro de la communication basé à Strasbourg qui fait un tour de l'autre côté du miroir.

 

©LALCHIMISTE_2024

 

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