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(RE)POST

 

Je vois pendre un fil - Sous les soufflets, tout respire - Le train est vivant

  • Photo du rédacteur: Patrice Snoeck
    Patrice Snoeck
  • 27 janv.
  • 10 min de lecture


Cette semaine, il y a du sacré linge à bord.

C'est très couture et surtout décousu.

On lave son linge sale mais en famille, et on sèche sur les quais.

Le train s'en mêle et fait des siennes ; on arrive pas où il faut et on part d'où il faut pas. Mais le contrôleur joue les assouplissants. Et se fait essorer.


Samedi gacho


Le premier aller-retour à Bâle se passe bien avec son lot de casquettes Gucci, ce symbole de posture et surtout d’imposture pour casquer rarement le train, et arborées la plupart du temps par des têtes très peu fertiles bien qu’ayant la main verte.

On n’arrivera pas à chopper les deux premiers Gachos avant le premier arrêt à Sélestat, où ils fumaient dans leur compartiment, mais on coiffera les deux derniers avant Mulhouse, et au poteau.

Hélas, il n’y a pas la Douane dans le train, qui n’aurait pas eu besoin de spécialistes très pointus de la contrefaçon pour se rendre compte qu’ils les avaient pour la plupart payées en chichons.

Gucci conserve visiblement un vrai halo, en particulier auprès de ce public pas très win. Faut dire que quand Patrizia Gucci a fait dézinguer Maurizio, ça a envoyé un sacré signal à la mafia de trottoir.


La gare de Sélestat m’appelle pour me demander si on a trouvé un iPhone bleu quelque part au milieu du train ou posé sur une tablette au milieu d’une voiture, et qu’aurait oublié une bande de gars au milieu de nulle part.

J’envoie mon renfort, qui est plus doué que moi en spéléologie et en arts divinatoires, qui sait, des fois qu’une de mes casquettes Gucci ait voulu un troisième portable pour développer son business sans pour autant changer de casquette.

Il revient bredouille, et en bredouillant. Faut dire qu’il s’appelle Maurizio.


Le train arrive à Saint-Louis, son terminus, d’où il repartira dans une demi-heure.

Sauf qu’au moment du départ, on apprend qu’un camion a cogné dans un pont et qu’il y a des obstacles sur la voie, dont on apprendra plus tard qu’il s’agit de parties de sa carrosserie.

Par chance, il ne s’agissait pas d’un camping-car et ce ne serait pas le premier matelas qu’on trouve sous un pont.

Pourquoi faut-il toujours que ça arrive quand ma doudoune est à l’autre bout du train ?

On partira avec quinze minutes de retard, non sans avoir échangé informations, paperasse et amulettes.

Le Centre opérationnel a anticipé les correspondances et je serai uniquement là pour recevoir les jérémiades de ceux qui n’ont pas bénéficié de la faveur d’un arbitrage.

Le train se remplit à Mulhouse, où nous attend un grand nombre de passagers en même temps qu’une équipe de la lutte anti-fraude à qui j’abandonne le train, pour continuer à me réchauffer.

Un homme dont le portable est tombé en rade de batterie me demande de rechercher ses droits, ce qui évidemment, en TER, est impossible, et essaye d’attirer mes bonnes grâces en me ramenant un portable trouvé dans le pli de son siège qu’il insiste avoir vraiment payé, portable qu’on avait recherché sans succès et qui correspond à la description qui m’avait été faite : le fameux iPhone bleu qui continue de faire parler de lui, nonobstant de biper pour s’autodire : t’es où ?

Je m’apprête à le rendre à l’agent de service de Sélestat, qui m’informe si promptement que les individus qui l’ont perdu sont remontés dans le train que je la soupçonne immédiatement d’être trop contente de s’en débarrasser.

Hum, j’aurais dû lui laisser cet appât.


S’agissant d’une bande de trois gaillards, deux triumvirats différents finiront par le revendiquer, dont aucun n’est la bande de Gachos à Gucci au goût de chiotte qui pose sur le fond d’écran, qui lui-même touche le fond. Le trio, faut dire, n’est pas beaucoup plus reluisant.

Une des deux bandes a maille à partir avec une autre bande, celle des contrôleurs, visiblement pas sous les bons auspices, et on espère que la confrontation ne deviendra pas un mauvais remake de West Side Story, d’autant que je viens de voir quelques dattes séchées sur le sol qui ressemblaient à s’y méprendre à des doigts.


Tiens tiens, mais revoilà les casquettes Gucci qui fumaient dans le train à l’aller et que mes collègues ont fini par serrer.

Voici donc une histoire qui finira bien mais ne pourra pas devenir une story, faute de portable.

Le portable, lui, finira sa journée aux objets trouvés et je le remets, non sans dire adieu au récipiendaire, vu qu’il a l’air de contenir des infos sensibles à faire dattes.


Le dernier train sera calme et c’est tant mieux. Un double Régiolis pour Mulhouse et, comme d’habitude, on ne monte jamais dans la rame qui nécessiterait toute notre attention.

Pour autant, j’en ai ma claque et on ne va pas zéler à cavaler de l’une à l’autre aux arrêts et risquer de se faire oublier là, des fois qu’un guetteur veuille venger son palmier.


Dimanche a l’office


Petit-déj avec une collègue du TGV de Marseille et qui mange aussi à toute vitesse, et sortie d’hôtel sous la brume londonienne mais sans la vibe, ni les punks.

Enfin, pas encore.

C’est d’ailleurs la journée du métro sans pantalon au Royaume-Uni et j’éviterai de traverser la gare de Mulhouse pour m’éviter d’avoir à constater que le phénomène s’est propagé.

Je ne reprends que dans l’après-midi et j’ai la possibilité de repasser chez moi me poser un peu.

Je retourne l’après-midi à Mulhouse avec un train très plein dont je ne vois pas le bout, et il semble que tous les demandeurs d’asile aient fait espace d’accueil dans la même voiture, et ça facilite grandement la tâche.

J’ouvre donc un guichet unique et m’emploie à créer des billets de train avec des récépissés de demande d’asile ou d’instruction de dossier, étrange signal envoyé là que pourtant aucun service de la fonction publique ne cherchera à intercepter.

Mais aussi des documents de sortie de Suisse, guichet à Lucerne ou à Zurich, adresse en Allemagne, cartes d’identité belges et numéro de téléphone la plupart du temps bien français.

Je finirai par connaître tous les indicatifs en plus de voir déjà tous les indicateurs. Ne manquent que les indics. Il se trouve que la Sûreté est à bord et veille au grain.

Manque plus que Vidocq.


Une dame me présente un billet de chien, forcément ce n’était pas très cher payé, quoique sur certains parcours, il représente le prix d’un billet enfant qu’autrefois aussi on tenait en laisse, et l’usage s’est perdu avec l’arrivée des années Mitterrand, lorsqu’on a aussi libéré Jack Lang.

La muselière, hélas, ne s’est pas perpétuée.

Impossible donc de remettre la main sur le sien, elle m’aboie dessus en toute bonne foi… et grogne après notre application d’achat qui manquerait de mordant.

Elle est néanmoins tout à fait sympathique mais on ne lui caressera pas le dos pour autant.

L’occasion de rire avec ses voisins sur l’auto-estime dont sont capables de faire preuve certains passagers pour voyager moins cher et parfois même assis par terre dans les intercirculations, ce qui au moins n’indisposent pas nos compagnons canidés pour être pour la plupart déjà stérilisés.


Une dame veut m’acheter un billet, me tendant une carte de crédit.

Je m’aperçois à sa gestuelle qu’elle est sourde et c’est l’occasion pour moi de discuter un peu avec elle en LSF, ce qui la surprend beaucoup, ainsi que l’entourage qui assiste à nos silencieuses gesticulations. J’ai bien fait d’apprendre les signes des villes du parcours par cœur et tant pis si certains ont pu croire que je lui faisais un doigt d’honneur.


Lundi a confesse


Mon responsable d’équipe m’attend au tournant d’avoir mal effectué une procédure dans une gare en courbe, et la discussion tourne en rond.

Il s’agit de savoir combien de temps le train doit faire pschitt quand on tire le signal d’alarme avant d’être certain d’avoir vidé complètement le circuit. Et donc d’être rassuré que le train est bel et bien immobilisé.

J’ai cru cette fois réentendre Jacques Chirac.


La journée se passe exclusivement sur la ligne de Strasbourg à Bâle où on arrivera très tôt en découcher. Et pour cause, c’est pour démarrer le tout premier train du matin.

J’ai un renfort sur les deux trains et, à part quelques pickpockets enfermés dans les toilettes à siphonner le papier toilette, le train est plein mais plutôt paisible pour le premier, et paisible tout court pour le deuxième.

C’est presque une respiration, même s’il est autant saturé de gaz carbonique qu’une Sodastream.

On ne s’acharnera pas après des demandeurs d’asile qui n’ont pas leurs papiers en règle, mais d’une politesse exquise, sauf à leur expliquer les risques de fraude d’habitude et l’existence de la carte solidaire, grâce à l’aide d’un traducteur en ligne dans l’immédiat, et d’une assistante sociale par la suite.

Heureusement que je n’ai pas dû expliquer cela en LSF car ils auraient pu penser que j’allais les gifler.


Ici, par contre, un enfant laissé pour portion congrue et d’une malpolitesse InOui à ne pas être accepté dans un TGV sans que personne n’y trouverait à redire, gesticule au pied d’une maman parfaitement incongrue occupée après son téléphone.

Étrangement, la malpolitesse n’a besoin d’aucun traducteur. Elle est comprise dans toutes les langues, bien que pas assez pendue.


Le train retour est blindé de possesseurs de pass Carmillon qui occupent tous la première classe, et me voilà à zéler pour l’exemple, en déménageant une dame installée tranquillement là dans un coin, avec un billet de seconde.

Elle n’avait qu’à être chez Sud Rail.


On arrivera bientôt à Bâle dans un hôtel polissé, accueilli de manière policée, où je pourrai jouer les polissons, à savoir écrire un épisode des Tribulations, un peu tribales et un rien triviales.


Mardi survolté


Levé quatre heures, départ de Bâle avec la seconde rame du matin et un seul voyageur un peu louche, celle qui marque quatre arrêts supplémentaires dans des gares inadaptées à sa taille, notamment parce que dépourvues d’équipe au sol pour siffler le danger, et de quais trop peu larges pour signifier convenablement le départ au conducteur, et c’est pourquoi les omnibus RRR du REM font habituellement le boulot.

Mais trop content d’avoir enfin un train confortable qui ne ressemble pas à un train de banlieue, il se remplit très vite.


Avant son avant-dernier arrêt, je le défile pour voir si tout va bien, comme il est d’usage au moins toutes les heures, quand je m’aperçois qu’un des deux câblots qui relient les voitures dans les soufflets pend au sol dans une zone où tout est métallique.

Il s’agit du câble de multiplexage qui permet au train de rouler dans les deux sens et, fort heureusement pour l’heure, le conducteur n’a pas prévu de faire un créneau. Accessoirement, il est chargé en 1 500 volts et autant dire qu’on ne va même pas prendre des pincettes à le manipuler.

Immédiatement, j’annonce que le train marquera un arrêt technique et prends contact avec le conducteur, qui me rejoindra bientôt pour le refixer, et en attendant, j’isole la zone en condamnant les deux portes d’intercirculation, en me rappelant que le train est une cage de Faraday dont la foudre n’est pas supposée venir de l’intérieur.

Et que mon uniforme 200% acrylique me va certes comme une seconde peau, mais j’entends bien qu'il ne remplace pas la première.


Et puisqu’il y a peu de chances qu’il se soit détaché tout seul, et qu’on pourrait craindre un acte malveillant, je demande aux cheminots présents en tête d’arpenter la première moitié du train tandis que j’arpente la seconde, pour s’assurer que l’incident est isolé et que les passagers se rendent bien compte à quel point leur gare est drôlement isolée également, mais néanmoins reliée à la Terre.

Une personne du technicentre est également à bord et vient à ma rencontre, et deux cheminots viennent débriefer.

Déjà un électricien du bâtiment, un type en orange fluo qui s’ennuyait et un garagiste en trottinette se sont présentés sans beaucoup plus de diplôme que d’habilitation électrique et il ne manque à l’appel qu’un barman et un charcutier pour lancer le buffet.


Tout le monde est calme d’avoir vécu l’événement en direct à la radio certes un peu théâtralisé, et aura des trucs à raconter au café tout à l’heure en guettant les réseaux sociaux.

Et surtout, on est bien contents de pouvoir repartir de là.

On repart en ayant perdu 10 minutes, le temps de remettre le train en tension, tension qui se diffuse auprès de quelques-uns qui ont des correspondances rapprochées. L’essentiel sera néanmoins assuré, y compris les TGV pour la capitale qui, à cette heure stratégique, sont très rapprochés.

Je croise alors dans le train un jeune apprenti en bleu de travail vautré par terre avec une gouttière en zinc posée à ses pieds que je crois un instant être quelque chose qui s’est détaché du plafond et a eu raison de ce pauvre garçon.

Il est vraiment temps de débrancher…


Ces 10 minutes de retard vont grever le train suivant qui arrive à Strasbourg à l’heure à laquelle il devrait en repartir, et on apprendra en cours de route qu’il sera limité à l’avant-dernier arrêt, les travaux entre Saint-Louis et Bâle nous conduisant à alterner la circulation sur une seule voie, et les Suisses sont sans pitié avec ceux qui ont quitté leur sillon et jouent musique dissonante.

Les gens des deux trains sont finalement très captivés par tout ce qu’on leur raconte, en expliquant les aspects très techniques du train qui a soudainement l’air d’être bien vivant.

C’est vrai que Corail est un matériel très vivant dont il convient d’écouter les bruits de respiration et le cœur battre, y compris lorsqu’une artère se détache.

Les correspondances sont là encore assurées en faisant rétention de quelques TER, pas facile en heure de pointe dans les grandes gares, et les voyageurs apprécient cette présence permanente à la sono, qui met véritablement en scène toute l’arrière-boutique qui s’agite.

On avait déjà le buffet, manquait que le karaoké.


Arrivée à Saint-Louis, on replace nos voyageurs dans le train suivant qui nous suit à cinq minutes, car évidemment un omnibus nous a devancés et traîne des pieds devant nous.

Les voyageurs, néanmoins, me remercient à la descente d’avoir appris toutes ces choses, et le train repart à peine cinq minutes après dans l’autre sens, et du coup a rattrapé artificiellement son retard en jouant sur les horaires des gares intermédiaires. Enfin, en trichant…

Le conducteur en aura tellement sa claque que le train arrivera entre une et quatre minutes en avance à chaque gare, ce qui me fait dire que nous ne sommes arrivés à l’heure dans aucune de nos gares !


Comme tout bon Gaulois, le ciel aurait pu me tomber sur la tête.

En l’occurrence aujourd’hui, sur le quai de la gare de Saint-Louis, une vis de la marquise en réfection tombe à mes pieds, et je fais immédiatement un signalement, des fois que là encore, il puisse ne pas s’agir d’un cas isolé.

On n’a plus vraiment les yeux en face des trous lors du retour, en gare de Mulhouse, on se loupe un peu sur le service du train, ce qui conduit à tirer une fois de plus le signal d’alarme avec un vrai pschitt cette fois, à rester dans les annales.

Et on rentre dans les clous mais sans la vis en gare de Strasbourg, le terminus de notre train.

J’étais bien inspiré de prendre congé demain, besoin de changer d’air et aussi de changer de tête, j’irai chez le coiffeur après avoir failli être rasé gratis.

#TTT @lalchimiste qui a fini par dévisser.

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Un pro de la communication basé à Strasbourg qui fait un tour de l'autre côté du miroir.

 

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