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(RE)POST

 

Cordes tendues, pipeau — Je donne le La — Symphonie de l’à-peu-près

  • Photo du rédacteur: Patrice Snoeck
    Patrice Snoeck
  • 4 févr.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 févr.



Ce n’est pas courant, deux GPT en une, histoire d’épurer le stock, histoire qui a commencé par de la guitare gipsy et a fini par de la flûte. Et il y avait des paons.

L’alchimiste qui plus est, est connu pour faire partie de l’orchestre.


Dimanche paddock


Franchement, démarrer sa journée à 19 h quand il fait nuit et que tout le monde rentre chez soi, c’est toujours une sensation dérangeante, celle d’être en dérangement, vivre à contresens mais pas à contrevoie pour autant, et l’on finirait par croire devoir trouver ses amis dans nos trains.

Et ce n’est pas en bonne voie non plus.


Le premier train est assez calme mais pas très en règle, et il fera le quota.

Dans le second, après une pause à Bâle, le train n’est pas annoncé sur la bonne voie, décidément, voie sur laquelle se trouve un train verrouillé comme ils le sont plutôt à 5 h du matin.

On en conclut que notre départ aura plutôt lieu depuis la voie opposée et avec un train qui n’est pas encore arrivé, et c’est un homme de ménage qui hurle par une porte qu’on n’attend pas devant le bon train.

Et ça aussi, ça n’était jamais arrivé.


Personne évidemment n’est prêt, y compris le conducteur qui relève, et tout le monde cavale en ordre dispersé comme un départ de tiercé où les chevaux auraient eu peur du coup de pistolet.

Cette harde finit par monter dans le bon train sans pétarader, et surtout bon train.

Parmi elle, un homme qui n’a pas eu le temps de prendre son billet car il n’y a pas Internet dans le train, mais qui n’a pas d’argent, côtoie des types qui sont tombés en panne de batterie mais qui n’ont pas de portables.

L’homme est arrivé avec une guitare et espère bien en jouer, comme si tous les mecs qui montent avec une gratte comptaient forcément se gratter.

Je lui rappelle évidemment que pousser la chansonnette dans le train ou produire un son autre que feutré est réglementé, et donc interdit.

Il en est également tout interdit et me rétorque que la musique adoucit les mœurs.

S’il savait à quel point je les ai eues dissolues, il ne viendrait pas me titiller sous peur d’être lui-même dissous.

Il finit par ranger l’instrument, non sans protester de manière tonitruante, haranguant un auditoire qu’envierait une juridiction correctionnelle.

D’ailleurs, il ira jusqu’à interpeller l’agent d’escale en gare de Strasbourg pour lui dire que le contrôleur est un peu tendu comme une corde de guitare.

Mais l’agent n’est pas au diapason.


Lundi gondole


On démarre assez tard, et il faut redescendre avant la fermeture du petit déjeuner. La réalité rejoint la fiction quand une famille qu’on dirait sortie d’Incroyables mariages gitans, mais en version lendemain de fête, investit la salle de bal, mais à Mulhouse. J’ai du d’ailleurs voir passer leur musicien…

Ils sont les têtes de gondole de toutes les marques inspirantes : Versace, Gucci, Dolce & Gabbana, Dsquared2, Balenciaga…

L’enfant de six ans a une paire de D&G.

Et puisqu’il a déjà les moyens, il a intérêt à être en règle dans le train et à ne pas me faire croire qu’il n’a pas tout à fait quatre ans.


On aurait mieux respiré à ce qu’ils soient moins inspirés, car je risque la suffocation sans même avoir avalé la moindre bouchée.

Tout ce petit monde agité m’offre néanmoins un spectacle divertissant et la journée est déjà haute en couleur.

Je dois cligner des yeux pour recalibrer ma mire.

La journée se passe si bien que ce sera la seule distraction et l’on remercie Ibis pour le tour de manège enchanté. Sans Pollux, pourtant protecteur des voyageurs, qui court après son castor.


Mardi pagaie


Une pause à Nancy où je viens d'arriver avant de récupérer une rame et voilà que retentit l'alarme incendie.

La gare est évacuée sur le champ et tous les uniformes se retrouvent dehors au milieu des zonards, mais sur le parvis.

Enfin, je crois qu’ils ne font pas tous la manche, mais mon fashion radar est toujours brouillé.

Et parmi eux, des cheminots, en civil s’il vous plaît, et autant dire au bord de la mutinerie.


Au retour à Brumath, il y a cet arrêt qui me donne des sueurs froides.

À cause de la courbe du quai et du dénivelé, le train présente une marche d’un mètre d’un côté et arrive à fleur de quai de l’autre — précisément celui où je me trouve.

Le départ est donné. Je prends mon élan pour remonter quand, derrière moi, un homme rouvre la porte, monte avec élan et la referme, comme si de rien n’était.

Cette gare est mon épée de Damoclès, ce moment à cran aussi mince qu’un crin de cheval.


Arrivé à Strasbourg, changement d’équipe, et on repart immédiatement vers Metz.

Le train est blindé mais aussi plein de fauchés, et les voyageurs se trouvent debout dans les intercirculations.

Je dois négocier avec un jeune homme qui a son casque sur les oreilles un espace pour pouvoir remonter à bord quand j’aurai donné le départ, ainsi que l’accès à la sono et au signal d’alarme.

Comme il gigote dans tous les sens au risque de me laisser dehors, je me demande bien quelle langue il comprend ou si son univers sonore l’a définitivement débranché. Il doit probablement écouter Aya Nakamura.


Par chance, j’ai un agent renfort à l'arrière jusqu’au second arrêt et, comme je ne peux pas traverser le train, il me sera très utile pour faire un check en tête-à-queue à Brumath, mais au téléphone, et pour une fois aucun vélo n’aura à se plaindre d'avoir garantit ainsi leur sécurité.

Le train se vide au second arrêt et j’en conclus que mon agent renfort s’est fait des potes. Le train glisse jusqu’à Metz où nous attend une rando pédestre de dix minutes pour se rendre au foyer pourtant situé en bout de quai, confirmant que le chemin de fer est bel et bien un gain de temps d’avoir été construit le premier.


Mercredi prométhéen


Même tournée mais en sens inverse.

On garde la rame jusqu’à Strasbourg et on repassera par Nancy.

La première rame ne se remplit qu’à l’approche de Strasbourg où elle s’était vidée la veille.

Et avant cela, tout le monde dort dans le train, et certains d’un œil seulement qui pointe dans ma direction, et l’on ne contrôlera que les cyclopes.

Cap sur Nancy, puis encore Brumath, mon supplice prométhéen.

La courbe du quai brouille les angles ; une porte n’est pas alignée, je le comprends en remontant à bord.

J’actionne l’alarme mais le conducteur ne ressent pas la dépression et réussit quand même à tractionner.

C’était moins une que je ne sois pas remonté à bord. Et ça me vaudra un rappel à l’ordre de ne pas l’avoir laissé partir, ni de ne pas m’être époumoné en remplissant mon sifflet.


Et cette fois, le train se remplit à Lunéville, cour du dernier duc de Lorraine, Stanislas, et surtout dernier arrêt avant Nancy, où se jouent quelques fourberies donnant spectacle de l’irrévérence aux règles, avec la posture désinvolte de la noblesse de cours, mais de récré.

Je reviens au bercail avec le TER qui nous arrive de Paris, alourdi d’une demi-heure, et ça tombe bien, j’ai des semelles de plomb.


Deuxième semaine, seconde volée.


Samedi parieur


On a fini par s’habituer à la Moselle où l’on a désormais ses habitudes.

Ce premier train est en règle à faire pleurer un contrôleur scrupuleux, mais on trouve là une Fräulein errante de qui j’extrais toutes les larmes de son corps, mais en allemand, qu’elle imite fort bien pour avoir traversé par là, car son mari est descendu à la gare précédente avec leurs billets.

Puisque je l’ai vue monter seule, j’insiste lourdement en fournissant les mouchoirs.


Un jeune homme veut absolument voyager assis par terre dans les intercirculations, adossé à la porte, ce qui m’enchante moyennement, et comme nous changeons de sens de circulation entre l’Alsace et la Lorraine, il s'adosse tantôt à gauche, tantôt à droite comme tout bon socialiste.

Je le retrouve plus tard à jouer de la flûte à bec et il semble être gêné que je le surprenne à une activité que la plupart des gens ont délaissée à l'adolescence pour percer plutôt des boutons d’acné que des tympans.

Puisque je n’avais pas d’acné, j’étais d’ailleurs bon interprète de Maxime Le Forestier : "Ce soir à la brune, nous irons, ma brune, cueillir des serments".

D’ailleurs, je suis devenu assermenté.


On retourne à Strasbourg avec la même rame ; mais que se passe-t-il pour qu’autant de gens soient en règle ?

On affinera lors des deux derniers arrêts pour entendre les élucubrations habituelles du gars qui se sauve au bout du train mais qui est assez con pour se sauver vers la voiture d’extrémité.

Mauvais parieur et mauvais joueur, il fallait bien un qui me joue du pipeau.

Il finira néanmoins par jouer ma partition.

Face au soliste, un garçon pour lequel j’avais fait un délit de bonne gueule, et qui se rend compte n’avoir pas acheté son billet, n’essaiera même pas de jouer les premiers violons.


On repart dans la foulée à Nancy sans Brumath mais toujours avec Lunéville, donc rebelote, sans capot ni atouts.


Dimanche de chien


Dans notre train matinal, la fréquentation est diffuse comme on s’y attend un dimanche de bonne heure, et je décide de laisser tout le monde dormir après un bref contrôle de ceux qui sont étonnement trop près des portes.

Un jeune homme est seul dans sa voiture, ce qui appelle forcément ma vigilance, d’autant qu’il affiche un air paniqué en me voyant.

Sous la ligne de flottaison, une jeune fille qui, visiblement, ne lui rattachait pas les lacets, aurait pu être occupée à quelques rudiments de traversière.

Ceux-ci ne feront l’objet d’aucun commentaire n’ayant effectivement rien constaté de répréhensible aux yeux de la Loi qui se les rince, si ce n’est un sifflement proche du bruit de cornemuse que j’imputerai au train, instrument bien connu pour faire chanter des soufflets de vessie et prendre les contrôleurs pour des lanternes.

Par chance, l’intrusion intempestive du contrôleur n’a pas provoqué de hoquet.


On enchaîne direction Bâle et, en direction du Sud, les trains sont assez pleins le week-end de voyageurs qui intervertissent bien trop souvent les allers des retours et se plaignent d'étranges problèmes d'orientation.


Une dame me recherche une carte solidaire au milieu d’une pile de billets de cent euros, qu’elle déballe sans précaution, avant que je ne l’invite, à son grand étonnement, à être plus prudente.

Elle ne voit pas le danger.

Un de ces jours, elle ne verra pas arriver un contrôleur de la LAF, qui verra tout de suite où chercher.


Dans le train retour, une joyeuse bande de gaillards attire notre attention, à mon agent renfort et moi.

Ils sont très polis, nonobstant n’avoir aucun billet, ce qui n’a pas l’air de les affliger, et voyagent avec un chihuahua de catégorie 4, ce qui, pour le coup, est parfaitement affligeant.

Ils me fournissent des pièces d’identité en pièce, ou photocopiées à angle d'épaule dont je me contente…

Mon confrère, qui comprend leur langue, a compris que l’un d’entre eux venait de se faire envoyer la pièce d’identité de son petit frère, trop tard pour moi pour agir bien qu’ayant regardé à deux fois la photo sans trouver pourtant à y redire.

Et c’est con, je leur aurais bien fait les honneurs du guichet unique destiné à ceux qui s’amusent à usurper les identités.


En première, un couple montés à Bâle un peu chargés, notamment d’un dalmatien d’enfer qui a échappé à Cruella, ont trouvé que je faisais tout pour les emmerder en les priant de remonter vers la Première par l’intérieur du train, faute de visibilité sur la fermeture des portes.

Qu’à cela ne tienne, on les priera deux fois de bien vouloir museler le chien qui fait un peu tache dans ce décor, et cette pauvre bête fera les frais d'avoir des maîtres qui auraient mieux fait de se museler.


Un autre fera semblant de chercher son abonnement en scrollant sur YouTube ne se rend pas compte que la vitre derrière lui le trahit ; un colis abandonné ponctue notre arrivée à Colmar qu’une dame vient rechercher, non sans nous interroger sur le pourquoi elle s’était sauvée à deux voitures de là 5 minutes avant l'arrivée en gare. Encore une qui cherchait les toilettes au sous sol.


Mais j’en ai ma claque, sans le chapeau ni la baguette, d’avoir dirigé cet orchestre de l'à-peu-près. Cordes pas si sensibles, Bois de chauffe, Cuivres pas bien rutilants, percussion à m’en farcir le crâne, chacun a comme d’habitude joué sa partition et j’ai besoin d’écouter le silence.

#TTT @lalchimiste, l'homme orchestre qui fait chanter les trains

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À PROPOS

L'Alchimiste...
est dans ton train

 

Un pro de la communication basé à Strasbourg qui fait un tour de l'autre côté du miroir.

 

©LALCHIMISTE_2024

 

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