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LA CROISIERE S'AMUSE

Saison 1 / Épisode #7


Il fallait être là pour voir ça !

Attention à la marche !

La scène se passe dans un célèbre train de croisière. Le train, cette fois, n’est pas la star. Son public va lui voler la vedette.


La compagnie parle d’un charter lorsque le train est loué par un maître d’œuvre unique qui y convie ses propres invités à vivre une expérience légendaire. Appellerons le Train-événementiel, car le public qui s’y trouve ferait l’évènement dans n’importe quelle salle d’embarquement, et l’on imagine sans peine la chronique qu’il a défrayé à Paris-Bercy d’où il est parti, ou le show se donne traditionnellement dans l’Arena située à quelques mètres de là.


Je vais chercher mon train à Besançon ou le collègue que je vais relever s’enflamme à me le décrire et semble vouloir me préparer à l’affronter. Il ne sait pas que j’ai mon permis de navigation en eaux troubles, et particulier cette eau-vive-là dans laquelle j’ai nagé autrefois.


Le train à peine à l’arrêt le temps de relever les roulants, un Modèle descend à quai en peignoir et en Stylettos et fait quelques pas pour de dégourdir les jambes à en engourdir les agents restés au sol, un rien médusés par ce pas de défilé improvisé sur le quai C de la gare de Besançon-Viotte, plus habituée à voir défiler des Autorails qu'un Top de podium.


Le ton est donné. Elle est accompagnée d’un following de créatures toutes tendances confondues venues voler une taffe à n’en faire qu’une bouffée.

En moins de temps qu’il ne me faut pour comprendre de quelle manière elle est descendue saine et sauve de ce train ainsi chaussée, et surtout qu’elle est remontée saine et sauve ainsi vêtue, je sonne l’heure du départ de ce navire amiral tracté par une Sybic, qui n’est pas le pseudo insta d’une influenceuse mais le nom de jeune fille d’une bonne vieille BB26000.


Déjà, la croisière s’amuse.

J’arpente le train pour effectuer une ronde dans un petit roulis caractéristique des vieux trains. Un maelström de looks très couture déambule dans les couloirs à la recherche d’espaces propices à quelques shooting qu’on retrouvera bientôt sur Tik Tok. On se tamponne frotti-frotta dans la voiture Bar où il faut se frayer un chemin de ronde, tout aussi sinueux qu’un chemin de douanier, sauf qu’ici, on ne porte aucune contrefaçon. Les visages ont néanmoins succombé à des mains d’experts, qu’ils soient coiffeurs, tatoueurs, ou tueurs tout court de ce que cette nature a tout aussi impitoyable qu’ordinaire.


On croise un Popeye coiffé d’un bob rescapé d’une publicité d’un célèbre couturier, et qui est plus sûrement nourri à la spiruline qu’aux épinards. Des créatures de genre indéterminé, ce qui enfin n’est plus une affaire, respirent à des hauteurs différentes selon l’accessoire qui les coiffe oui celui qui les chausse. Ici, une combi imprimée Constrictor taille 38 semble vouloir digérer un corps de 42, là, une robe longue fendue de haut en bas tient comme par miracle par un canal du Panama qui menace de répandre les eaux du Pacifique dans celles de l’Atlantique au moindre éternuement. Un homme dans un ciré en plastique que semble ne rien envelopper discute avec un autre portant un kilt mais qui lui n’a pas quitté son pantalon.


D’autres atlantes vont bientôt descendre en naïade sur le quai de la gare de Saint-Louis au gré d’un arrêt contraint par la circulation et qu’opportunément je transforme en pause Ciggie, pour pas dire clope, car c’est pas le genre de cette maison, en plein nuit et par grand froid bien la mode n’est soumise à aucune gerçure, vu que les doudounes se portent le plus souvent en été.


Des créatures vont descendre clopin-clopant sur ce quai des brumes désert, dans des conditions que réprouverait le manuel de procédures VO 250 et concernant particulièrement les 3 points d’appuis nécessaires à assurer sa propre sécurité. Ici on descend avec un portable à la main et une coupe dans l’autre, des chaussures compensées aux pieds et une traine de 2 mètres qui n’aurait pas valu que du bon au porteur, à savoir le sort d'Isadora Duncan si le train avait dérivé du moindre centimètre.

On dirait une scène de Priscilla, dont j’assurerais la sortie de scène, prêt à me jeter sur le quai à la Terence Stamp pour amortir quelque chute et sauver des apparences et quelques dignités, et pouvoir ensuite répandre le bruit qu’on m'a considéré comme un paillasson.


Aucune lutte des classes ici, tout le monde étant logé en Première et en loges-cabines. Moi y compris, et pour le coup le seul passager du train à ne pas avoir à la partager.


Dans cette effervescence qui ne nécessitera pas pour autant d'Aspro, un personnel fort peu habitué à faire classe si dissipée tente tant bien que mal à faire glisser cet aréopage si peu conventionnel vers les voitures restaurants que les convives finiront pas transformer en salle de concert dopée au Karaoké mais sans Michel Sardou, et ambiancée efficacement par les musiciens trop contents d’échapper enfin au jazz et au Connémara.


Habitué à servir avec raffinement un public tiré à quatre épingles comme des poupées Vaudou, un Maître d'Hôtel ne montre aucun étonnement a disserter avec une créature ébouriffante bien que chauve, de la provenance d’un crottin de Chavignol, lui a aussi tout à fait AOP.


Le train finira par tanguer au gré d’une piste de danse très Vogue, et la nuit qui parait-il porte conseil n'avise pas ce public-là, pour qui elle semble plutôt vouloir porter préjudice.

Son extravagance qui fait du bien signe mon plus beau train de l’année, un espace de liberté même pas futile car bienvenu dans le concert frénétique d'un Monde si mal habillé.


L'Alchimiste.




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