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(RE)POST

 

On trace à contresens — Foule compressée, brushing humide — Je sors gagnant

  • Photo du rédacteur: Patrice Snoeck
    Patrice Snoeck
  • 25 févr.
  • 8 min de lecture


J'ai de la chance. Une semaine qui démarre avec une mini tournée, ce qui ne n'empêchera pas de se terminer en maxi fournée. La chance est au rendez vous et ça tombe bien car d'habitude les semaines qui se terminent par un vendredi 13, on redoute plutôt de tomber.


Mardi cool


Une de ces pépites qu’on trouve très rarement dans les roulements : un train fantôme récemment rajouté pour délester les TER200 habituellement très pleins à cette heure-là, qui se faufile entre eux mais à 160. S’agira de ne pas lambiner…


Le Regiolis de 200 places est effectivement plein à ras la gueule et je ferai mon business en moins de 20 minutes, et sans même avoir à la faire.

Il faut croire que certains avaient repéré le manège des contrôleurs et n’avaient pas imaginé se faire choper au tourniquet.

On s’arrête à Colmar, où une marée humaine s’engouffre dans le souterrain, comme une eau qui trouve son lit.

Je me laisse porter par le flux, déjà promis au reflux du prochain TER200, que quelques voyageurs attendront pour poursuivre vers la gare suivante, où m'attend le mien.

J’y rejoins mon collègue titulaire du train pour contrôler sa voiture en tenaille, chacun par une extrémité, jusqu’à nous retrouver au milieu de l’arcade, sans avoir arraché la moindre dent. On se prend vite au jeu quand on titille l’arcade.


Arrivés tôt à l’hôtel, on passe au japonais chercher un plateau de sushis.

Comme c’est drôle… huit saumons, un bar et une dorade, c’est exactement la compo de mon train avec sa locomotive et sa Première. Et puis on les avale également les uns derrière les autres, et à la baguette… J’en riz.


Mercredi rescousse


Le train matinal marque tous les arrêts au départ de Mulhouse, train que je redoute à cause du manque de visibilité des quais qui nous accueillent, dans des gares où il entre quasiment au chausse-pied.

Arrivé à Sélestat, le Bip Bip retentit dans le train, mauvais signe, le conducteur m’appelle…

Je m’empresse d’aller à sa rencontre par l’extérieur puisque je me trouve sur le quai et pas besoin d’avoir à courir comme Coyote, car je me trouve à deux voitures de lui. Le signal est au vert, et pourtant il me dit qu’on va être retenus à quai car le TER200 qui nous précède est en carafe.

Et puisque pour une fois c’est lui le premier averti, autant dire qu’il boit sa coupe jusqu’à la lie en m’annonçant la nouvelle…


Dans le même temps, le contrôleur du train en carafe, qui n’en est pas encore à écoper, m’informe de ses déboires.

On a alors la même idée : venir au taquet récupérer ses voyageurs, puisqu’il est quasiment certain de ne pas pouvoir repartir, d'autant que j’ai de la place dans mon train.

Solution vite retenue, sachant que de surcroît nous marquons exactement les mêmes arrêts, et bientôt le conducteur m’informe qu’on va s’engager sur le réseau, à contresens puisque la gare n’a que deux quais, mais pas à contrecœur, puisque nous arrivons à nous coordonner et tracer le parcours en à peine dix minutes.

On prévient mes passagers qu’on va accueillir un train dans notre train, et on évitera de s’étendre sur le fait de leur mettre sûrement des passagers sur les genoux.


Arrivés dans leur gare, en effet leur train était très plein, et on va accueillir tout ce petit monde avec beaucoup d’empathie car certains étaient déjà dedans 45 minutes avant que leur train ne flanche.

Leur embarquement se passe bien comme dans tout métro parisien où je joue les dispatchers, à suggérer de monter plutôt ici que là pour répartir équitablement les mauvaises conditions de transport, comme un avion qui répartirait la charge, mais sans planer.

Je me retrouve coincé dans une intercirculation au milieu de voyageurs ensardinés, et une conversation tout à fait sympathique s’engage, comme entre des acolytes de conserve, sans que mon employeur ne soit accablé comme c’est sempiternellement le cas, et fort heureusement, sans quoi j’aurais immédiatement cautérisée.

Une dame me rappelle avoir été dans ce même train qui avait perdu son câblot (lire ici) et avait apprécié son camelot, c’est-à-dire votre serviteur, qui avait fait vivre cette aventure en direct live aux passagers. Rebelote.

On rejoue la scène sauf que la dernière fois elle était assise.

Le train est si plein que les voyageurs à quai s’imaginent voir des geckos ventousés aux vitres.

L’image dissuade ceux des gares intermédiaires, dont certains préfèrent attendre l’omnibus qui nous suit de près et qu’on les invite d’ailleurs à emprunter… mais comme il pleut, quelques brushings sophistiqués insistent néanmoins pour monter dans le train.


Et on arrivera avec 30 minutes de retard en gare de Strasbourg.

Le conducteur et moi devons changer de rame et repartir à Bâle. Notre train n’est toujours pas arrivé, ni sa voie annoncée, et je tente de savoir si on peut garder la rame avec laquelle on vient d’arriver, qui — elle — part au garage.

Un non catégorique plus tard, me voici au milieu de 500 personnes sur un quai, configuration que je n’apprécie guère, mais je ne me démonte pas, ni ne me fais démonter de ne livrer aucune guerre qu’on ne m’a pas déclarée.

Un monsieur charmant vient me voir car ce retard fait couler son voyage. Il se rend à Évian et prend déjà les eaux.

Il doit passer connecter un train par Bâle, puis embarquer sur un bateau… Il calcule qu’il y arrivera 8 heures plus tard et c’est moi qui rame à ne lui apporter aucune solution.

La France et la Suisse se renvoient systématiquement la balle, et selon de quoi elle est faite, elle reste d’un côté ou de l’autre de la frontière.

Et dire que je ne peux même pas lui proposer un verre d’eau.

Notre train part avec 25 minutes de retard, c’est-à-dire qu’il empiète sur le sillon du train suivant. On imagine alors qu’il sera limité à Mulhouse, ce qui se confirme assez rapidement.

Le monsieur d’Evian vire Badoit.

Je profite à chaque arrêt pour annoncer à mes voyageurs qu’ils peuvent rester sur le quai où le prochain train est à peine à 5 minutes de là, et qui pourra les accueillir dans de meilleures conditions, en plus d’aller jusqu’au terme du parcours : Bâle.

Beaucoup s’exécutent, et c’est très bien comme ça. Certains apprécient d’avoir l’information et tout se passe au mieux, notre train se déleste progressivement de ses passagers, sans que son contrôleur ne se soit fait exécuter.

Arrivés à Mulhouse, je vide le train au cas où les messages en français et en anglais n’auraient pas été entendus. Je trouve une famille qui ne comprend ni l'un ni l'autre que je presse d’aller récupérer son train qui se présente justement en gare.

Un type louche que je sors du bouillon devient menaçant d’avoir été réveillé trop brutalement à son goût, et menace de me coller un pain, dans une scène digne d’une recette de soupe à l’oignon, où rien n’a pété, ni personne n’a pleuré.


Nous repartons de Mulhouse et plusieurs voyageurs viennent me voir pour s’assurer de leur correspondance avec un TGV pour Paris, du fait qu’un train précédent manque à l’appel, et parfois manque aussi à la pelle, mais ça n’est pas le cas aujourd’hui.

Ils apprécient que leur TGV, qui les attend en gare de Strasbourg, doive s’accoupler avec une rame allemande quelque peu en retard, pour leur apporter le souffle nécessaire à embarquer sereinement, comme dans tout bon mariage.

C’est une alliance franco allemande qui fonctionne plutôt bien, mais sans dot.

Tout le monde arrive sain et sauf dans une relative bonne humeur, sauf ce monsieur qui a oublié son abonnement, et me présente un montant de carte bancaire sur un relevé de compte et m’houspille vertement de ne pas accepter cette ligne de dépense comme ligne de défense, et surtout pas pour argent comptant.

Il n’entend donc ni avoir à se justifier, ni être agréable, et j’applique la procédure au doigt et à l’œil, et non pas l’un dans l’autre, ce qui m’a véritablement démangé.


Jeudi carnaval


Mon premier aller-retour à Bâle est supprimé par un rocambolesque concours de circonstances ; et dire que Bâle est en plein préparatif de son fameux Morgenstreich.

Annoncé avec quinze minutes de retard, mon train origine, que nous préparons au départ, est soudainement réaffecté sur une autre rame, alors que tout le monde a déjà embarqué. 400 personnes vont descendre du train et emprunter les souterrains pour se rendre à deux voies de là, et d’une seule voix.

Un train déjà à quai est prêt au départ, sauf que le conducteur qui se présente est celui du train suivant, et le mien a disparu.

Je lui fais comprendre que son train est réquisitionné pour faire le créneau du précédent, ce qui l’enchante comme une troupe du Morgenstreich, pas vraiment de tout chœur, et sans lampion.

Imbroglio… Tout le monde appelle sa hiérarchie respective qui finit par se décider à annuler le train et proposer de transborder une nouvelle fois ces pauvres passagers.

Pas fan d’étripage, et peu convaincu par cette stratégie qui prête à être contrariée, je lutte comme si ma vie en dépendait — et c’est plutôt le cas — pour que les passagers restent à bord de cette rame-là et qu’elle reprenne son créneau initial.


J’informe les passagers d’un changement d’équipe qui ressemble à une course de relais, un passage de 400 témoins, et leur train peut partir tandis que le mien a disparu dans les limbes.

Ma vie, qui était dans la balance, a dû peser et c’est sympa de se dire de temps en temps que son employeur s’en soucie.


Trois heures d’attente imposées et l’occasion d’échanger avec quelques collègues sur la météo de la ligne et donc ce qui pêche car il n'y a plus de saisons.

On se montrera magnanimes dans le train pour Nancy, distribuant des cartes d’immunité à ceux qui ont oublié les leurs, et des punitions à ceux qui ne sont pas immunisés.

Parmi eux, un homme au téléphone n’a pas de billet, pas de carte d’identité ni d’autres papiers que des feuilles à rouler.

Il me donne oralement ses coordonnées, dont je ne me contente évidemment pas, vu qu’il continue sa conversation téléphonique, et la désinvolture me fait toujours monter dans les volts. Il ne connaît pas son adresse qu’il me montre vaguement sur Google Earth, où je vois une route sans but qui conduit à ce qui pourrait un terrain vague près d’une station d’épuration.

Il aurait été plus simple de m’indiquer qu’il s’agissait d’une aire d’accueil pour Gens du voyage, que les municipalités s’ingénient à reléguer loin de toute civilisation.

C’est d’ailleurs à croire que les maires qui n’y connaissent rien au Monopoly, sauf à vouloir éviter la case Prison, s’octroient la Paix en installant ces aires près de la case Départ.

Le train est néanmoins plein d’esprit et de sourires d’être contrôlé en access prime time, aussi parce qu’il est pile à l’heure et arrivera avant la fermeture de la boulangerie.

L’homme partira sous le regard exaspéré de téléspectateurs qui ont payé le forfait sans pub et ont assisté à ce long écran, mais de fumée.


Vendredi 13


Les chanceux gagneront au loto et ceux qui ne le sont pas redoubleront de vigilance à la descente du train.

Ping-pong de Regiolis entre Metz et Nancy, avec son lot d’abonnés dans les premiers trains et son lot d’abonnés absents dans les seconds.

Sorties d’écrou à qui on a serré la vis, tutelles tutélaires, marginaux de tout poil dans qui voler dans les plumes, gamins survoltés remis à la terre par les forces de l’ordre présentes à mon bord — mon super jackpot de la journée.

Bref, une journée où tous les gagnants ont tenté leur chance, et se sont grattés, mais dont personne ne sortira millionnaire, mais en revanche tous indemnes.

Deux jours de repos. On les retrouvera au tirage de la seconde chance de lundi.

#TTT @lalchimiste qui flash pas que des grilles

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À PROPOS

L'Alchimiste...
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Un pro de la communication basé à Strasbourg qui fait un tour de l'autre côté du miroir.

 

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